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Tout d'abord, il y a Majorque (Mallorca), la grande, l'orgueilleuse, celle par laquelle on arrive. Puis, plus au sud, Ibiza, réputée pour ses nuits et ses visiteurs célèbres, qui forme, avec sa petite sœur Formentera, les Pityuses. Et enfin, Minorque (Minorca), la plus septentrionale, la plus rustique mais aussi la plus authentique. Elles sont les îles Baléares. Ni petites, ni grandes (5000 km2), situées au large des côtes espagnoles à environ 40° de latitude nord en pleine Méditerranée, elles se trouvent à huit-dix heures de bateau de Barcelone ou de Valence.
L'acte de naissance de l'archipel remonte à l'époque tertiaire, il y a maintenant plus de cinquante millions d'années. Les Baléares sont exceptionnellement riches d'un passé préhistorique en particulier Minorque. Cette île possède en effet un nombre incroyable de sites ont les traces remontent à plus de treize siècles av. J.-C. Ils se caractérisent par la culture mégalithique.
La première apparition de l'homme sur ces îles est fixée au IVe millénaire av. J.-C. Entre 1 600 et 1 300 av. J.-C., les insulaires quittent leurs grottes pour construire les premiers villages. C'est à cette même époque que s'établissent des colonies grecques, phéniciennes et ibères. Et les premières sociétés organisées voient le jour. Vers 1 100 av. J.-C. se développe la civilisation des talayots dont le nom rappelle des ruines préhistoriques. On entre dans l'âge d'or de la civilisation mégalithique qui dure près de cinq siècles.
Au VIIe siècle av. J.-C., des liens plus précis se tissent avec les Phéniciens. Puis, les Carthaginois débarquent à Ibiza. Les mercenaires des Baléares servent dans les armées d'Hannibal, l'enfant u pays, lors de ses campagnes sur le continent. Les Romains assurent la relève en 123 av. J.-C. Ils fondent une capitale Pollença et à l'autre bout de l'île : Palma. Puis ils construisent des routes, des ponts, des théâtres... Bien plus tard, le déclin de l'empire de Rome favorise la montée du christianisme et permet aux Vandales de s'y installer en 421.
En 553, les Byzantins ajoutent les Baléares à l'empire d'Orient. Ils sont ensuite remplacés par les Wisigoths. Les Maures et les Normands s'y frottent aussi. A la fin du VIIIe siècle, l'empereur Charlemagne s'empare de Barcelone et profite de l'attachement des îles à la chrétienté pour y créer une zone de protection militaire de sa frontière.

Mais le calife de Cordoue est ambitieux et les Baléares offrent une situation trop stratégique sur les routes maritimes pour ne pas les contrôler. N'y tenant plus, il s'en empare à son tour. S'ouvrent alors près de cinq siècles de domination musulmane. Le seul vestige qui subsiste de cette période, à part l'arc de l'Almudaina, est disposé au fond du jardin d'une maison discrète de la calle Serra, proche de la cathédrale de Palma : les bains maures. Construits au début des années 900 en pleine médina, il ne reste plus, aujourd'hui, qu'une salle basse, voûtée, en mauvais état. Peu après, au milieu du XIe siècle, les Almorávides, venus du Maroc, occupent l'Andalousie et poussent jusqu'aux Baléares.
Les chrétiens, eux, ne tolèrent pas cette domination. Et, en 1229, le roi Jacques 1er d'Aragon, sous prétexte d'une croisade contre l'infidèle, part à la reconquête des îles. Il permet ainsi aux Catalans d'asseoir leur pouvoir sur cette région. Même si l'expédition reçoit la bénédiction du pape Grégoire IX, elle reste avant tout une opération commerciale. Après trois mois de siège, Palma tombe. Ibiza est annexée à son tour en 1235, tout comme Minorque, bien que celle- ci reste occupée par les Maures jusqu'en 1287. Bien décidé à occuper le terrain pour relancer l'économie, Jacques 1er d'Aragon distribue en récompense terres et privilèges à tous ses partenaires qui s'y installent. Même les Maures et les Juifs sont les bienvenus pour repeupler les Baléares qui connaissent alors une période de calme et de prospérité.

A la succession de Jacques 1er d'Aragon en 1276, son fils aîné, Pierre III, reçoit le royaume d'Aragon et son fils cadet, Jacques II, celui de Majorque. C'est le début du royaume indépendant de Majorque qui s'étend jusqu'à Perpignan et Montpellier. Mais les Catalans luttent pour un retour des îles au sein du royaume d'Aragon. Pierre IV envahit l'archipel en 1343 et enlève Palma sans rencontrer la moindre résistance. Six ans plus tard, Jacques III perd la vie à la bataille de Llucmajor en voulant reconquérir son trône. Le royaume indépendant de Majorque aura vécu seulement soixante-treize ans.
Aux XIVe et XVe siècles, les Baléares deviennent une plaque tournante du commerce et de l'industrie dans la Méditerranée. Elles sont à la croisée de tous les chemins de l'Afrique à l'Occident, de l'Italie à l'Espagne. Et ses chantiers navals sont célèbres dans toute la chrétienté.
Hélas, en 1492, un événement de taille va obscurcir cette réussite. Christophe Colomb découvre l'Amérique et les centres d'intérêt du commerce se profilent désormais à l'ouest. Il s'ensuit des périodes de révoltes, de guerres civiles, de répressions et de pénuries auxquelles s'ajouteront les pillages des pirates turcs et arabes.
A la fin du XVIe siècle, c'est encore une succession, celle de l'Espagne, qui plonge une nouvelle fois les Baléares dans la guerre. Les îliens épousent alors la cause de l'archiduc Charles d'Autriche contre Philippe V de Bourbon. Mauvais choix ! Palma est la dernière cité d'Espagne à se rendre à Philippe V.
Minorque, elle, passe sous domination anglaise en 1708 et reste britannique pendant un siècle. Pourtant, en 1756, le duc de Richelieu, à la tête de l'escadre française, réussit à la prendre et s'installe à Mahôn. Malheureusement, l'île est rapidement restituée sept ans plus tard aux termes du traité de Paris. C'est durant l'occupation franco-anglaise que Minorque s'épanouit. Elle construit des routes, des villes et organise son agriculture...
En 1830, la prise d'Alger par les Français met fin aux invasions des Barbaresques. L'instauration d'une ligne de vapeur entre Barcelone et Majorque permet, quelques années plus tard, de voir en George Sand et Frédéric Chopin, l'arrivée des « premiers touristes ». Et l'écrivain prophétise dans son récit Un Hiver à Majorque : « Un temps viendra sans doute où les amateurs délicats, et jusqu'aux jolies femmes, pourront aller à Palma sans plus de fatigue et de déplaisir qu'à Genève. »

Ce n'est qu'en 1902 que l'on construit le premier palace de Majorque : le Gran Hôtel. Les dés sont jetés, les Baléares se consacreront au tourisme. Seule, une nouvelle fois, la guerre civile (1936-1939) qui se prépare, retarde cette échéance. Majorque et Ibiza se rangent dans le camp des nationalistes, tandis que Minorque reste fidèle au gouvernement républicain.
A l'issue de la Seconde Guerre mondiale et grâce au décollage du transport aérien, les Baléares prennent véritablement leur essor. D'une centaine de milliers en 1950, le nombre de touristes accueillis sur l'archipel, très apprécié pour son climat, est passé à plus de 7 millions de vacanciers en 1995.
les bains maures sont les seuls témoignages de cinq siècles de présence musulmane à Majorque.
place Weyler, le Gran Hôtel fut le premier palace construit à Majorque.