


Les Grecs appelèrent Ibiza et Formentera, sa petite sœur, les îles Pityuses (les pins). Ce nom leur est resté. Même si l'on trouve des traces d'une présence datant de plus de 1 600 ans av. J.-C., l'histoire de l'île ne débute vraiment qu'avec les Carthaginois en 654 av. J.-C. Ils prennent la suite des Phéniciens et développent réellement ce territoire. L'île se nomme alors Ibosim.
A la fin du VIe siècle av. J.-C., Ibiza est intégrée dans la sphère d'influence de Carthage. De nouveaux contingents de colons arrivent. L'économie de l'île est basée sur l'exploitation des salines, au sud de la capitale, et sur l'extraction de la pourpre du murex (un coquillage magnifique couvert de pointes). La présence de plomb argentifère dans les mines de Santa Eulâlia vint renforcer le développement de la richesse des villes.
C'est la prospérité. Au IIIe siècle av. J.-C., Ibosim devenue Isolum frappe sa monnaie à l'image du dieu Bes, l'un des dieux de la mythologie phénicio-punique qui, paraît-il, donna aussi son nom, « île de Bes », à l'île pour devenir après quelques déformations, Ibiza. Pendant les guerres puniques, Ibiza est toujours du côté de Carthage. Les Romains l'assiègent en 217 av. J.-C. sans arriver à la conquérir. Douze ans plus tard, elle accueille l'escadre carthaginoise, l'approvisionne en nourriture, en armes et en hommes pour continuer la cam pagne vers les Baléares.
Plus tard, Romains, Vandales, Byzantins et Arabes s'installent alternativement à Ibiza, jusqu'en 1235. A cette date, l'île rejoint la couronne catalano-aragonaise, donc la chrétienté et l'Occident. Elle doit à nouveau se défendre contre les razzias des pirates bar- baresques qui menacent son succès. L'Espagne, trop occupée par le Nouveau Monde, abandonne l'archipel à son sort. Réalistes, les Eivissencs bâtissent des remparts et se font corsaires. Désormais, ils chassent les pirates sur leurs propres terrains. Les affaires marchent ! Après la guerre de Succession d'Espagne, au XVIIIe siècle, où Ibiza avait, malheureusement pour elle, fait le choix du vaincu, la couronne rancunière la plonge dans la misère. Il faudra attendre 1960 pour la voir briller de nouveau.
Qu'on le veuille ou non, Ibiza évoque immanquablement les hippies qui furent les premiers, dans les années 60, à s'installer dans ce nouvel éden immortalisé par le film More de Barbet Schroeder sur une musique inoubliable des Pink Floyd. « Cool brother... ». Elle est devenue ensuite le rendez-vous mondain de toute la jet society, comme le fut, en son temps, Saint-Tropez. Immédiatement, curieux et badauds suivront par avions entiers. Depuis, ses nuits et ses discothèques sont célèbres sur tous les continents.
Récemment, l'île afficha son homosexualité. Pas de panique, même si pendant l'été Ibiza déborde de monde, chaque communauté joue dans sa cour. Ibiza n'est-elle pas l'initiatrice de la mode adlib, où chacun s'habille - ou pas - comme il veut. Stars du showbiz, hommes d'affaires ou personnalités politiques continuent toujours à hanter les boîtes de nuit et à faire de modestes apparitions sur les plages. Ibiza est l'île la plus au sud de l'archipel des Baléares. Plus proche de l'Afrique que de l'Europe, cette particularité la dote d'une lumière splendide et radieuse. Un soleil toujours présent en fait un vrai paradis, où la vie est douce, agrémentée d'une température printanière tout au long de l'année.

Malgré sa petite taille, elle ne mesure que quarante kilomètres de long sur vingt de large, Ibiza réussit à offrir aux touristes plus de deux cents kilomètres de côtes. Découpé comme une véritable dentelle, le littoral, plus qu'ailleurs dans les Baléares, n'est qu'une cohorte de calanques sablonneuses et de plages bordées de pinèdes. Un véritable bonheur pour les plaisanciers qui découvrent perpétuellement de nouveaux mouillages solitaires et discrets. Ibiza n'est pas devenue par hasard l'une des destinations de vacances les plus populaires de l'Europe. ■

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