
Se promener à travers Ibiza, c'est aussi faire un voyage dans le passé. Et ce, bien que la campagne soit moins peuplée qu'auparavant et qu'elle ait été redessinée par de nouvelles routes. Le long isolement de l'île a provoqué, auprès de ses habitants, une attitude particulièrement conservatrice, parfois assimilable à une seconde nature. Ainsi, dans les endroits où l'on cultive encore, les méthodes ancestrales sont restées au goût du jour. C'est-à-dire sans engrais chimiques, ni pesticides. Régulièrement, les champs sont mis plusieurs années en jachère et offrent alors des parterres de Heurs grandioses. Incroyable! A Ibiza, malgré le tourisme de masse et le modernisme, il reste encore des espaces déserts intacts.

Un autre lieu, un autre monde. Depuis Sant Antoni, deuxième ville de l'île, les amateurs de mysticisme doivent se diriger sur la route de Cala Salada. A la chapelle de Santa Agnes, un lieu souterrain et secret, des messes chrétiennes ont été données à une époque où les célébrations étaient encore clandestines. Les aficionados (amateurs fervents) de la baignade pousseront, quant à eux, jusqu'à Cala Salada, une ravissante plage assez calme. Un autre chemin conduit aux grottes de Ses Fontanelles, appelées aussi covas des Vi, où le visiteur pourra admirer des peintures prépuniques représentant des embarcations. De manière générale, les calanques du Sud sont beaucoup plus propres que les plages de Sant Antoni.
Au sud d'Ibiza, après la zone de l'aéroport, Ses Salinas est la porte du sel. Les salines s'étendent à l'intérieur d'un site naturel, flanqué de collines et d'étangs d'où l'on extrait, aujourd'hui encore, la précieuse substance cristallisée grâce à un système d'évaporation de l'eau de mer. Ce fut la première industrie de l'île.

La réputation du sel d'Ibiza avait déjà traversé toutes les frontières, à l'époque où le sel était l'unique moyen de conservation des aliments. Actuellement, ce sel est considéré, par les spécialistes, comme le meilleur du monde pour les salaisons et les produits de la pêche. Un doute ? Arrêtez-vous devant les gigantesques monticules de sel, déposés par les wagonnets des petits trains, qui attendent leur embarquement à bord de cargos venus principalement d'Europe du Nord. Et bien, goûtez maintenant ! Si vous avez des jumelles, c'est le moment de vous en servir. De nombreux oiseaux profitent de ces immenses étendues naturelles pour faire leur nid en toute tranquillité. Depuis peu, l'ancienne colonie de flamands roses qui peuplaient le marais se reforme. D'autres espèces migratoires y font également un arrêt lors de leur retour d'Afrique.
Partout enfin, quasiment dans presque tous les villages, les petites églises, de style ibicenco, blanchies à la chaux, sont des édifices fortifiés. Elles sont l'héritage d'une période difficile où la vie des Eivissencs était ponctuée par les raids des pirates. Parmi les plus
belles, il faut envisager de visiter celle de Sant Rafel nichée sur une hauteur. L'une des plus anciennes, édifiée au XIII0 siècle, est située à San Jordi. Avec un peu de chance, vous aurez même droit à des danses folkloriques sur le parvis de l'église. Au nord d'Ibiza, l'église- forteresse de Santa Eulâlia del Riu, domine la ville nouvelle du haut du Puig de Missa. Elle fut construite en 1 555 par la volonté du roi Philippe II d'Espagne, à la suite d'une attaque sanglante des Turcs. Ses murs épais de plusieurs mètres sont à la mesure des dangers de l'époque. Elle remonte au XIVe siècle, mais on pense qu'une chapelle y existait déjà auparavant. Un vieux manuscrit, datant de 1784, proclame qu'elle est la plus ancienne de l'île. Chaque jeudi, des danses folkloriques ont lieu également dans la cour de l'église fortifiée de Sant Miquel de Balansat. Costumes authentiques garantis.
Les grandes plages, les calanques solitaires ou les petites criques offrent un décor sauvage baigné de soleil, propice pour atteindre la couleur de peau idéale. Profitez de la mer et vivez vos émotions. Quelle est l'île qui peut se vanter d'offrir autant d'attraits ? Etonnant également cette habitude qu'ont les touristes de s'entasser dans les villes et dans les hôtels de la côte. Cela permet de maintenir, à l'intérieur des terres, une authenticité de plus en plus rare. En étant un temps soit peu attentif, on pourra encore voir de vieilles paysannes en costumes traditionnels dès que l'on s'éloigne du littoral.

Complètement indifférentes au monde qui les entoure, elles vont au marché, discutent entre elles et fuient les touristes armés de téléobjectifs. Alors, soyez discret. Vous aussi, profitez du temps qui passe, sans autre préoccupation. ■
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