
Visible de loin, la forteresse d'Artâ domine la ville.
La cité d'Artâ est une mosaïque de rues exiguës en pente, sans trottoirs, bordées de quelques vieilles demeures un peu austères. S'y égarer est d'autant plus facile que c'est un véritable plaisir. En haut de la colline, à laquelle on accède par le chemin de Croix, domine l'Almudaina. Une vieille forteresse médiévale qui surplombe la ville et renferme le sanctuaire de San Salvador (en l'honneur du très Saint Sauveur, Jésus-Christ). Si vous n'avez pas le vertige, jetez un coup d'œil sur la sierra de Levante et les vergers de la huerta (plaine fertile) depuis le chemin de ronde.
Plus bas, le musée régional conserve des pièces rares datant de la préhistoire : des petits guerriers en bronze du Ve au IIe siècle av. J.-C. provenant des talayots voisins. Ces grands édifices en pierre de l'époque mycénienne ont probablement servi de chambres funéraires. Il est d'ailleurs indispensable, pour tous les passionnés de la culture mégalithique, de rendre visite au gisement de Ses Paisses à « un jet de flèche » d'Artâ.



Comme dans le reste de l'île, chaque hauteur est hérissée d'une tour de guet. Au fil des siècles, elles se sont parfois transformées en forteresses massives, telle celle de Canyamel qui servait jadis de refuge aux populations constamment menacées par des pirates venus d'Algérie, du Maroc ou de la Tunisie, à la recherche d'esclaves.
La position côtière de Capdepera, un peu plus au nord-est, en fait, pendant plusieurs siècles, l'arrêt quasi obligé des navigateurs et par conséquent, des pirates. Cette situation contraindra les habitants de la région à construire ces tours de guet.
L'une des plus anciennes est la tour d'En Miquel Nunis, également connue sous le nom de Sa Verda. C'est de là, qu'en 1231, le roi Jacques Ier envoie à Minorque ses ambassadeurs pour exiger la reddition des Maures. Les murailles du château sont achevées en 1386. Son enceinte héberge alors jusqu'à cent cinquante maisons. Ainsi naît le village de Capdepera, grâce à des travaux surveillés par des techniciens royaux et financés par la paroisse d'Artâ dont il dépend à l'époque. Depuis, il s'est largement développé en dehors de l'enceinte fortifiée.
En 1983, le château devient la propriété de la municipalité. Les murailles, renforcées par quatre tours crénelées, disposent d'un chemin de ronde dont on peut faire le tour complet. A l'intérieur, on tombe sur la maison du Gouverneur (XVIIIe siècle). Le toit-terrasse d'un oratoire gothique offre une vue grandiose de la côte de Cala Ratjada.
Après la baie de Palma, cette région de Majorque est celle qui présente la plus grosse infrastructure touristique. Encore sauvage il y a quelques décennies, elle offre aujourd'hui dans un désordre le plus complet, une alternance de stations balnéaires, de petits ports de pêche miraculeusement préservés du béton, et d'écrins de nature formés de plages cachées au fond de criques entourées de pinèdes.
Rançon de la gloire du tourisme de masse, les stations balnéaires poussent comme des champignons. Immergée au milieu des bois, la cité de Port Vell est un minuscule port de pêche maintenant entouré d'ensembles urbains. Même destin pour Cala Ratjada, un ancien port également transformé en un amas d'immeubles destinés à une foule d'estivants. Les plus turbulents vous montrent la vie nocturne, celle des discothèques et des rythmes joyeux. Celle aussi, des rencontres éphémères, du rock'n roll qui dure jusqu'au petit matin. « Et alors! », dites-vous, « On dort quand on veut et on peut toujours se baigner... à minuit. » Oui, bien sûr, c'est également cela le charme des Baléares...

Pourquoi les callas (petites anses) de Mallorca se sont-elles laissées ainsi bétonner? Oui, pourquoi ! Tout comme Cala Bona et Cala Millor, très réputées, donc très fréquentées pendant les mois d'été. Courage, fuyez ! Le bon compromis se trouve peut-être dans des stations balnéaires qui ont réussi une urbanisation douce. Costa de Los Pinos est, comme son nom l'indique, installée près de la côte au milieu de jolies forêts de pins.
Ouf! Il n'y a plus d'immeubles, mais de belles petites maisons blanches, peut-être un peu trop « typiques Ibiza ». Qu'importe, c'est toujours mieux qu'ailleurs. Plus au sud, les habitants de Cala d'Or, Cala Figuera, Cala Santanyi, Cala Llombards..., vous parlent du style particulier des belles villas, aux lignes droites et aux courbes entrelacées, avec leurs jardins bien soignés. Pour cause, de nombreux Espagnols fortunés y possèdent de coquettes propriétés !
Les Baléares forment un archipel de contrastes mais aussi de contradictions. Curieusement, ces dernières stations, Cala d'Or, Cala Figuera, Cala Santanyi, Cala Llombards..., sont situées sur une côte rocheuse découpée, très propice au bain et à la promenade. La route qui longe le littoral traverse des régions où se succèdent les calanques blanches et les plages adossées à d'épaisses pinèdes.
Chacun peut venir s'y isoler en toute quiétude, au bord d'une mer couleur turquoise et émeraude. Par endroits, la roche cède la place à une plage de sable fin, et celle de Canyamel est l'une des plus agréables du rivage. Tout comme celle de Porto Cristo, dont le sable particulièrement blanc et fin, en a fait, depuis des années, un lieu de villégiature très prisé.
Encore protégés des hordes d'autocars qui organisent des « excursions touristiques », certains petits ports ont su conserver une authenticité toujours un peu rustre mais naturelle aux gens de la mer. Parmi eux, le petit village de Porto Colom, pourtant fort réputé, a réussi à préserver une certaine intimité. Pas ou peu de constructions modernes dans le centre qui préserve sa quiétude. Les maisons s'alignent le long des quais. Le port est bien à l'abri au fond d'une anse où il n'est pas rare de voir des pêcheurs recoudre leurs filets.
Porto Petro, un autre port tranquille, habité depuis toujours par des pêcheurs, est actuellement encerclé d'ensembles urbains et de villas qui ont su respecter l'environnement. Prenez-y un verre, à l'ombre d'une terrasse, à l'endroit même, dit-on, où les bateaux chargés des fameuses pierres ambrées de Santanyi larguaient les amarres et voguaient en direction de l'Italie.
A voir également malgré l'af fluence, Porto Cristo, un petit village de pêcheurs qui naquit au Moyen Age pour approvisionner Manacor en poissons. Il dispose d'un des plus anciens mouillages de l'île, au fond duquel, paraît-il, dorment plusieurs épaves.

A ce stade de votre séjour, un peu de fraîcheur doit vous faire du bien et l'origine calcaire de l'archipel permet une multitude d'explorations souterraines. En tête de liste figurent les grottes (covas) d'Artâ. Prodigieuses formations géologiques, situées dans les falaises du cap Vermeil, elles attirent quotidiennement leurs flots de spéléologues amateurs. Un seul mot : gigantesque ! Et pour cause, les dimensions de certaines des salles sont semblables à celles de la cathédrale de Palma. L'exploration est accompagnée d'un son et lumière jouant avec les formes des concrétions.
Un peu plus loin, et toute la journée, des autocars déversent les touristes qui descendent dans les grottes du Drac. Ils assistent alors, dans un lever de soleil artificiel, à un véritable concert donné sur des eaux éternellement calmes. Prévoyez deux heures de spectacle dans une architecture de stalactites et de stalagmites réalisées, pendant plusieurs siècles, goutte à goutte par le calcaire. A la sortie, vous ne pourrez pas échapper aux boutiques de souvenirs « typiques » qui assiègent le site. Une précaution quand même : claustrophobes, s'abstenir.
Le cap de Ses Salines, dont le phare ponctue l'extrémité de cette côte, est un lieu tout à fait approprié pour les amateurs de promenades tranquilles, pédestres ou équestres. Par beau temps, l'île de Cabrera se dessine sur l'horizon. Cap au sud-est donc, sur ce microarchipel écologique des Baléares qui est formé de dix-sept îlots à quelques kilomètres de la côte. Pour s'y rendre, il faut embarquer depuis Colonia de San Jordi ou Porto Petro. Les bateaux font l'aller-retour dans la journée, car il est interdit de passer la nuit sur place. Les aventuriers peuvent aussi louer une barque de pêcheur. Cabrera, d'une superficie de 16 km2, en est l'île principale. Le port, au dire des plaisanciers, est aussi abrité que celui de Mahôn à Minorque, mais son mouillage n'accepte pas plus de cinquante bateaux. La pêche y est strictement réglementée.

Le jardin botanique à l'entrée de Ses Salines : Botanicactus. Une promenade rafraîchissante garantie. Plus de 15 000 espèces de plantes, venues du monde entier et plus particulièrement d'Amérique du Sud, fascineront les amateurs de cactacées. Vente sur place à emporter.
Ces îles n'ont pratiquement pas d'histoire. Il semble que Cabrera ait hébergé l'une des premières communautés chrétiennes des Baléares, mais rien ne le prouve. Il y a bien les ruines d'une forteresse construite, entre le XIVe et le XVe siècle, pour prémunir les insulaires des razzias des pirates, qui démontrent qu'un petit nombre de paysans et de soldats y vivaient en autarcie. En 1808, après la bataille de Bailén, plus de 9 000 Français y furent déportés par l'Etat espagnol et seulement 3 600 survécurent à la faim et aux maladies. Un obélisque leur est dédié au centre de l'île. Ici, un unique café assure l'accueil des touristes. Mais les seuls véritables habitants de Cabrera sont les Lacerta lifordi, une espèce de lézards en voie de disparition.
Aujourd'hui, l'archipel est classé Parc national terrestre et maritime. C'est beaucoup plus sympathique. En fait, il est une importante réserve ornithologique de la Méditerranée. Le ciel de Cabrera offre aux faucons pèlerins et aux goélands d'Audouin des espaces de liberté préservés. Les amoureux de la nature pourront, s'ils ont beaucoup de chance et de patience, apercevoir les rarissimes faucons d'Eléonore. Parfois, à la fin de l'été, ces migrateurs font escale sur les hautes falaises de l'îlot Impérial. Ces îles merveilleuses passent aussi pour avoir, à quelques brasses sous leurs eaux transparentes, des espèces particulièrement abondantes qui, dans les autres mers - hélas polluées -, vivent dans les profondeurs. Plongez ! Vous serez conquis. L'eau est limpide et il ne tient qu'aux visiteurs qu'elle le reste. Veillez-y. ■
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