
Le Migjorn, une fois passé la zone d'influence de Palma, c'est-à-dire plus loin que les plages bondées de Ca'n Pastilla et la zone touristique d'El Arenal, se déploie en direction de cabo Blanco dans un fantastique paysage de maquis, souligné de pins parasols.
Que votre hôtel soit dans la baie de Palma, à cabo Blanco ou ailleurs sur la côte, observez les habitués. Ceux qui en sont à leur quatrième ou cinquième séjours aux Baléares. Ils filent directement vers les plages, immenses, merveilleuses qui s'étendent de chaque côté de Colonia de San Jordi. Des endroits quasi confidentiels, où les initiés vous confient, sous le sceau du secret, l'exactitude de leurs emplacments.

Enfin, vous y êtes. C'est à vous de jouer. Selon votre philosophie, vous plongez, nu ou en maillot, dans une eau tiède, transparente, puis vous vous dorez, sous l'effet bienfaisant d'un soleil toujours présent. Ah ! Tout aussi agréable, la plage d'Es Trenc, où il est encore possible de découvrir des endroits peu fréquentés, est devenue une plage naturiste qui s'étire en un long ruban de sable chaud.
Cette région est également réputée pour ses moulins. Même s'ils disparaissent tout doucement, ils sont présents dans tout l'archipel des Baléares et plus particulièrement entre Colonia de San Jordi et Campos. Intégrés au panorama, ils restent les témoins d'une époque rurale pas très éloignée.
Pourtant, si personne ne sait depuis quand ils sont là, tous les spécialistes s'entendent pour dire, qu'au XVe siècle, ils étaient déjà utilisés pour moudre le grain, actvés par le vent grâce à des ailes faites de toiles.
Un menuisier ingénieux, Damian Reixach Amer, améliorera leurs performances en fixant des planches à la place des voiles. Au XIXe siècle, on en recense encore plus de 4 000 qui servent essentiellement à remonter l'eau des nappes phréatiques.

Si l'envie vous prend, entre deux baignades par exemple, de visiter l'arrière-pays, allez à la rencontre de Llucmajor, une ville architecturée, comme la plupart des cités médiévales, autour de rues étroites. A Llucmajor, on fait encore de bonnes chaussures, et la ville, reconnaissante de la prospérité qu'elle doit aux cordonniers, leur a dédié un monument. Un autre édifice grandiloquent représente Jacques III en pleine bataille. Il rappelle que c'est proche de là que se décida la fin du royaume indépendant de Majorque. Alors qu'il tentait de le reconquérir, il fut tué par les troupes de son beau-frère, Pierre IV d'Aragon, le 25 octobre 1349.

Injustement méconnu en Europe, il est le plus grand philosophe du XIIIe siècle. Son père chasse les Maures des Baléares avec Jacques Ier. Il est lui-même chevalier à la cour d'Aragon, puis précepteur et ensuite sénéchal de Jacques II, le premier roi de Majorque. Les Majorquins racontent que : « Bien que marié, il ne dédaignait pas le beau sexe. Un jour, il s'éprend d'une des plus belles femmes de Palma, hélas, dévorée par une grave maladie. Hanté par cette vision, il est touché par « la grâce divine » après une semaine de méditation au mont Randa. »
Il consacrera alors sa vie à la conversion des Juifs et des musulmans au catholicisme. Pour ui, la seule façon d'y parvenir est de parler couramment leur langue. Une thèse qu'il développe dans son livre Ars magna. Il est également l'auteur de plusieurs centaines d'ouvrages philosophiques, littéraires, poétiques, pédagogiques... D'un savoir encyclopédique, il passe pour être à l'origine de l'utilisation de la boussole dans la navigation.

Ramon Llull voyage dans toute l'Europe et plaide « sa méthode ». Il fonde sa célèbre école de langue orientale à Miramar, une propriété qui sera acquise quelques siècles plus tard par l'archiduc Salvador d'Autriche. Il forme ainsi des missionnaires interprètes, malheureusement sans grande réussite, car l'église n'aime pas qu'on se mêle de ses affaires.
Surnommé le « docteur illuminé», le philosophe part prêcher la foi chrétienne aux infidèles. L'histoire veut qu'il soit mort en 1314 à Bougie en Algérie, lapidé par la foule. Le sanctuaire de San Salvador à Artâ renferme un tableau qui dépeint cette scène. Des pêcheurs auraient recueilli son corps qui repose aujourd'hui dans un tombeau en albâtre à l'intérieur de l'église San Francisco à Palma. ■