
A peine arrivé sur l'île, en novembre 1838, Frédéric Chopin faisait part de son enthousiasme à son ami, Julien Fontana, à Paris. « Je suis à Palma au milieu des palmiers, des cèdres, des cactus, des oliviers, des orangers, des citronniers, des aloès, des figuiers, des grenadiers... enfin de tous les arbres que possèdent les serres du jardin des Plantes. Le ciel est de turquoise, la mer, de lapis-lazuli, les montagnes d'émeraudes et l'air est comme le ciel. Du soleil toute la journée. Tout le monde est vêtu comme en été car il fait chaud. » Plus d'un siècle et demi plus tard, rien n'a changé. Les couleurs et les odeurs sont toujours là.
Fondée par les Romains au 1er siècle av. J.-C., la civitas mayoricarum a connu toutes les vicissitudes qui accompagnèrent l'histoire des Baléares au travers des siècles. Elle fut longtemps musulmane sous l'appellation de Medina Mayurka. Puis avec Jacques 1er qui la baptise Ciutat de Mallorca, elle intègre définitivement le monde de la chrétienté. A cette période émergent les monuments qui ornent aujourd'hui encore Palma, nom qu'elle adopte dès le XVIIP siècle.
Tout le monde le dit. Si l'on a la chance d'arriver à Palma au petit matin par la mer, on a une première impression inoubliable.Lorsque le bateau pénètre dans le port, la ville offre son plus bel aspect. Le panorama, entrecoupé par les mâts des embarcations ancrées dans la baie, embrasse toute une série de monuments, de palmiers et de toits. Le palais de l'Almudaina et la nef immobile qu'est la cathédrale se confondent sur l'horizon et rappellent la puissance passée des rois de Majorque. Plus loin, à l'est, se dessinent les plages de Ca'n Pastilla et d'El Arenal, tandis qu'à l'ouest, la forteresse de Bellver, perchée sur une hauteur, domine la baie de Palma.

Dans le centre historique de l'ancienne cité médiévale, la circulation et le stationnement sont
strictement réglementés. La visite se fait de préférence à pied. Suivez le guide.
La ville commence avec le port par une avenue bordée de palmiers : le paseo Sagrera, du nom de l'architecte majorquin qui construisit face à la mer, La Llonja, un admirable édifice gothique (1426), emblème de la prospérité des marchands majorquins du XVe siècle. Véritable château, cette ancienne bourse du commerce est encadrée par quatre tours crénelées. Une salle unique, de quarante mètres sur trente, forme l'intérieur. Le plafond en ogives est soutenu par six fines colonnes en spirale dont les extrémités rappellent les feuilles des palmiers. Juste à côté est situé le consulat de la Mer (consulado del Mar). L'ancien tribunal maritime qui, en son temps, jouait d'une réputation internationale, est maintenant le siège de la présidence du gouvernement des Baléares.
En poursuivant la promenade, vous arriverez aux jardins et aux bassins du palais de l'Almudaina flanqué, du côté de la mer, d'une belle galerie à huit arcs datant du XVe siècle. Sur cet emplacement se trouvait, jusqu'au XIIIe siècle, la citadelle des vizirs maures de l'île. Le palais actuel fut érigé par Jacques Ier, après la conquête de Palma. Il servit ensuite de résidence aux rois de Majorque et aujourd'hui, il est occupé par l'armée. Pendant la journée, on peut visiter la Cour royale (Patio del rey) datant de 1 309. Entourée d'arcades, elle est ornée d'une petite fontaine et de quelques palmiers. Seules quelques salles sont ouvertes au public mais les appartements royaux, utilisés par les souverains espagnols lors des réceptions officielles, ne se visitent pas.
Pour les Majorquins, la cathédrale, la « Seu » ou la « Seo » comme ils disent, est le monument le plus important de Palma. Sa construction, sur l'emplacement d'une mosquée, commence, selon le vœu de Jacques Ier, après la prise de l'île en 1 230. Le chantier durera plusieurs siècles.
On ne peut pas visiter Palma sans passer par la Seu. Tout d'abord, il faut la « vivre ». Allez à la messe du dimanche matin. Toute la population de la ville, mêlée aux touristes, y communie. L'instant magique se réalise lorsque les rayons du soleil, se levant sur la
baie, transpercent les vitraux de la grande rosace en propageant à l'intérieur de la cathédrale une lumière douce, chargée de reflets aux couleur de l'arc-en-ciel dans une atmosphère de chants religieux.

La Seu est bâtie en grès de Santanyi, une pierre blanche, étrange qui, avec la patine du temps, est devenue de couleur brun doré. C'est pourquoi les Italiens du haut Moyen Age l'importaient pour construire leurs palais à Gênes et à Naples. La visite débute par l'observation du portail sud, la puerta del Mirador que l'on doit également à Guillermo Sagrera, où l'on admirera de superbes sculptures gothiques. En dehors des heures des offices, on ne peut entrer que par le musée de la Cathédrale (payant!) à côté du portail nord, puerta de la Almoina.
A l'intérieur, la Seu est impressionnante, gigantesque : sa longueur atteint 121 mètres ! De style gothique avec des réminiscences italiennes, sa structure architecturale s'articule autour de trois nefs (dont la plus haute mesure 44 mètres), soutenues par quatorze piliers d'une étonnante minceur - 1,49 mètre de diamètre pour les plus fins - et s'élevant jusqu'à 22 mètres de haut... Les nefs sont entourées de chapelles renfermant de somptueux autels baroques. Elles sont couvertes par des terrasses donnant à l'ensemble un air nettement méditerranéen mais d'ascendance orientale. Le trésor de la cathédrale contient deux reliquaires gothiques qui renferment un morceau de la vraie Croix, trois épines de la couronne du Christ, des fragments de sa tunique et une partie de l'éponge avec laquelle on lui donna à boire.

A deux pas de la cathédrale se dresse le Palais épiscopal, flanqué du Musée diocésain. Ici, un ca- pharnaum d'objets qui proviennent des quatre coins du monde. Profitez de la visite des bains arabes pour faire une pause à l'ombre d'un petit jardin plein de charme. Avec l'arc de l'Almu-daina, situé dans une rue à côté, ils sont les seuls vestiges de la médina musulmane.
Tout près de là, toujours à travers de petites et même minuscules ruelles sinueuses, paisibles et pavées de pierres souvent humides, vous atteignez l'église San Francisco. En sortant, traversez par le collège sur votre gauche. Il ne faut absolument pas manquer la découverte du très beau cloître gothique, construit entre le XIVe et le XVe siècle. Il est, malgré l'époque, marqué d'une forte influence mauresque. A l'abri de la chaleur, le silence incite à faire le tour du jardin bien entretenu au centre duquel trône, depuis le XVIIe siècle, un magnifique puits.
Au milieu de l'ancien quartier juif de Palma règne la place Major qui, en d'autres temps, abrita les bâtiments de l'Inquisition. C'est aujourd'hui une cour intérieure gigantesque, très achalandée, bor-dée d'arcades, mais aussi encombrée de terrasses de café et de boutiques chics, et entourée de maisons peintes en jaune aux volets verts. Elle débouche d'un côté sur la< Rambla, réservée aux kiosques des fleuristes, et de l'autre, après être passé devant l'extraordinaire façade de style Renaissance du palais du marquis Palmer datant de 1556, sur l'étroite rue piétonne Jaime II. Visite obligatoire.
L'une des artères les plus actives de la vieille ville est le paseo del Borne. 11 traverse le centre de la cité ancienne. Des deux côtés s'entrecroisent les rues médiévales qui sont réputées pour les élégantes façades de ses palais et ses vieilles demeures du XIXe siècle. A voir en priorité : les maisons Vivot, Villalonga, Oleo, Truyols et Oleza, situées dans le secteur de la cathédrale. La maison Berga, devenue le palais de justice, possède un important balcon baroque donnant sur une cour accessible à tous.

Et surtout, ne manquez pas le plaisir unique du la « très espagnole » promenade de fin d'après- midi qui s'effectuera de préférence ici, au paseo del Borne sous ses arbres feuillus et quasi centenaires. Le but : voir et être vu. Tous les fiancés de la capitale l'ont faite avant vous. Si vous êtes fatigué, offrez-vous le privilège de vous asseoir, selon les us et coutumes des élus des dieux qui peuplent ces îles, sur les bancs, toujours paseo del Borne, ou choisissez le « banc » de pierre adossé à l'ombre de l'élégante mairie Renaissance, surmontée d'un large auvent plaza de Cort. Ou bien encore, installez- vous pendant plusieurs heures à la terrasse d'un café, sans rien faire d'autre qu'observer la paix qui règne sur une place ensoleillée.

A l'extrémité ouest de la ville, le Pueblo espagnol réunit des spécimens de l'architecture historique de l'Espagne réalisés dans les années 60. Il ne s'agit là que de reproductions pour épater les touristes. Tous les hôtels y organisent des visites gratuites de bienvenue.


Toujours à l'ouest, par le Marítimo à la hauteur de Terreno, la route monte droit sur la colline du château de Bellver. Cet édifice, remarquablement conservé, fut construit en quelques années au XIV siècle, sous la direction de Pere Salva à qui l'on doit également le palais de l'Almudaina.' Plus tard, il passe du statut de résidence royale à celui de prison d'Etat. Le physicien et astronome, François Arago, chargé par Napoléon I" de la mesure de l'arc du méridien, en fut l'hôte malgré lui, pendant deux mois. Il abrite aujourd'hui le Musée archéologique de la ville de Palma. Son architecture originale et circulaire offre, du toit de la tour la plus haute reliée au bâtiment principal par un pont, une vue magnifique sur la baie de Palma.
A la sortie de Terreno, la route se poursuit vers Genova renommée pour la qualité de ses restaurants. Chaque soir, le tout-Palma s'y précipite. C'est l'endroit idéal pour terminer une journée en beauté en dégustant de véritables spécialités majorquines.
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