
En pénétrant dans le cœur de Majorque, les vignobles de Binisalem se déroulent à perte de vue. Cette cité est connue et réputée pour son excellent vin servi sur toutes les bonnes tables de Majorque depuis la domination romaine de l'île. Soixante-dix viticulteurs produisent le Binisalem, la seule appellation d'origine contrôlée de l'archipel. Installé sur le bord de la nationale à l'entrée de la ville, José Luis Roses Ferrer fait partie de la troisième génération de vignerons. Son exploitation, qui contrôle 80 % de la production de la région, se visite et se déguste...
N'hésitez pas à frapper à la porte de son chai. Il sera toujours heureux de vous faire découvrir sa cave. Son meilleur cru :gran rev- serva est élaboré à partir de cépage manto negro, vieilli en fût
de chêne. A la fête des vendanges, fin septembre, la ville s'enflamme dans les danses traditionnelles (boléro, flamenco...) qui expriment l'attachement des habitants pour l'art de la vigne.
Vers la Tramuntana, on rejoint très vite Alarô. Parmi les ruines du château-fort, on signalera aux amateurs une chapelle, construite au XVIIe siècle, dans laquelle est conservé, entre autres, un captivant retable. L'œuvre rappelle le martyr souffert par Cabrit et Bassa qui furent soumis au supplice du pal, puis brûlés vifs. Ces deux héros populaires avaient défendu le royaume de Majorque contre les incursions d'Alphonse III d'Aragon à la fin du XIIIe siècle.

Toujours plus à l'intérieur des terres, Inca, troisième ville de Majorque, fut détruite par les Vandales et reconstruite par les Sarrasins. A proximité de Conseil, petit village réputé pour sa production artisanale d'espadrilles, Inca est un centre agricole important, connu pour ses fabriques d'articles de cuir et ses boutiques de maroquinerie que l'on rencontre à tous les coins de rues. La ville s'anime chaque jeudi. Les rues du centre sont alors envahies par un grand marché où traditionnellement les Majorquins viennent acheter leurs caracoles (escargots), vendus dans des sacs ou au poids, pour l'habituel barbecue du dimanche.
L'église et la production viticole de Binisalem.

Question gastronomie, des cellers typiques se sont faits une solide réputation de restaurant dans un décor d'énormes barriques en bois et de pressoirs d'époque. On y déguste le plus souvent les spécialités d'une cuisine rurale particulièrement riche.
Plus proche de la mer, la réserve naturelle de S'Albufera, parc national depuis 1985, s'étend sur un immense marécage. C'est l'une des plus importantes régions humides de l'Europe. Mais, elle ne se visite que sur autorisation. Véritable paradis des oiseaux aquatiques, plusieurs centaines d'espèces y sont recensées. Les jumelles et autres longues-vues sont indispensables pour la découverte de cet environnement. Les passionnés de chasse photographique pourront, à l'aide de gros téléobjectifs, immortaliser sur papier glacé les magnifiques couleurs des hérons pourprés, des marouettes nichées dans les hautes herbes au bord de l'eau, ou plus rare, de l'avocette dont l'extraordinaire bec est recourbé vers le haut. Les bons observateurs se délecteront également de la présence d'une faune amphibie et d'une flore abondante.
Champ d'amandiers.
Autre monde, mais tout aussi chatoyant, le devallament (descente de la Croix) de Sineu, que vous ne devez absolument pas rater le vendredi saint. Sa mise en scène est parmi les plus spectaculaires de Majorque. Une fois la nuit tombée, une impressionnante procession de pénitents, vêtus en costume de bure noir et la tête recouverte d'une cagoule violette, descendent les escaliers du calvaire à la lueur de leurs torches.
Comme beaucoup d'autres localitésdu centre, Sineu ronronne dans une douce torpeur qui ne s'éveille que le mercredi, jour du marché. Célèbre dans toute l'île, les paysans viennent y vendre des fruits et des légumes on ne peut plus naturels. Les charcuteries artisanales et les fromages fermiers y tiennent aussi une place de choix. Place de l'église avec, devant, son lion ailé qui rappelle saint Marc, patron de Sineu, les bestiaux sont regroupés dans un marché beaucoup plus rustique. Les jours d'animation, profitez-en pour déjeuner, bien et pas cher, dans l'un des nombreux cellers de la ville.

La plaine centrale est la région la plus fertile de l'île irriguée par d'innombrables éoliennes qui ont un aspect fort pittoresque. Elles permettent la culture de trois récoltes par an. Les fermiers y plantent même du coton, des arachides, du riz et du tabac.
Au début du XIVe siècle, Sineu fut, pour un temps, la capitale de Majorque par la grâce du roi Sanche. L'absence d'héritier, à la suite de son mariage avec
Marie de Naples, avait relancé la polémique avec l'Aragon, sur la succession du royaume de Majorque. En effet, selon le testament de Jacques Ier, « la loi salique » devait s'appliquer : pas de fils, plus de trône. Mais Sanche, hostile à cette hypothèse, avait désigné son neveu, Jacques III comme dauphin. La dernière invasion de l'île, qui avait duré quatorze ans, remontait seulement à une vingtaine d'années. Sanche, prudent, s'était alors retiré au centre de l'île dans un palais que son père, Jacques II, avait fait construire comme lieu de rés idence (devenu aujourd'hui un couvent). Seul l'appui du roi de France calmera la situation et permettra à Jacques III de devenir le troisième roi de Majorque, à l'âge de 9 ans.
A son tour, Manacor, l'ancienne Cunicium romaine, fut brièvement la capitale des rois de Majorque. Du palais, il ne subsiste plus que la torre del Palau. Manacor, deuxième ville de l'île, est un centre industriel et artisanal important. C'est là que sont concentrées des fabriques de meubles et de petites entreprises de bijoux.
Le principal centre d'intérêt de Manacor réside dans les fameuses perles de Majorque dont la fabrication remonte à 1890. Les techniques modernes de production de masse furent mises au point vers 1951 donnant à cette industrie un véritable essor. Aujourd'hui, la perle de Majorque est réputée dans le monde entier.
La création d'une perle majorquine suit une procédure minutieuse. D'abord, la perle est formée par un noyau de cristal sur un fil de cuivre. Puis ce noyau est recouvert d'une multitude de couches successives par immersion dans un bain à base d'écaillés de poissons, baptisé « essence de nacre ». Plus d'une trentaine de couches, alternées de polissages, formeront la perle finale.



Chaque usine dispose d'un immense hall de vente ou sont exposés bagues, bracelets, colliers... Inutile de dépenser des fortunes dans ce qui reste, malgré tout, (et personne ne s'en cache) : des faux. Mais, que ne ferait-on pas pour faire plaisir à une dame !
Un peu plus loin, le village de Petrâ est étroitement lié au souvenir de Miguel José Serra qui naquit en 1 713 dans une modeste maison de ce village. Adolescent, il fait son séminaire au couvent de San Bernardino dont les vestiges ont été transformés en oratoire.
A 17 ans, Miguel José Serra entre dans l'ordre des Franciscains et désormais, il porte le nom de Junipero Serra. Pendant plusieurs années, il enseigne la théologie à l'université de Llulliana à Palma. Mais sa vocation de missionnaire ne se fait pas attendre et le 7 décembre 1749, il débarque à Veracruz au Mexique. Il y restera dix-huit ans convertissant la population de Mexico et des environs.
Ce n'est que passé la cinquantaine que tout commence réellement pour lui. Sur la demande de Charles III, roi d'Espagne, il participe à la colonisation espagnole de la Californie. Il est l'âme de cette expédition à laquelle se sont jointes des forces militaires.
Non seulement il évangélise, mais en plus, il s'installe. Poussé par la foi, il fonde des missions qui furent à l'origine de plusieurs villes de Californie comme Los Angeles, San Francisco, San Diego, Santa Barbara (eh oui !) ou San José.
Son effigie est présente à Washington, dans la salle des célébrités des Etats-Unis, du Capitole. La ville de San Francisco a également fait restaurer sa maison natale. Elle est aujourd'hui transformée en musée riche de souvenirs et surtout de documents authentiques sur ses missions. Il est possible de la visiter, ainsi que les vestiges de l'ancien couvent de San Bernardino. Mais vous ne verrez pas sa sépulture puisqu'elle repose aux Etats-Unis à l'intérieur de sa mission de San Carlos de Monterey. En 1988, il a été béatifié par le pape Jean Paul II. ■
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