
La capitale de l'île de Minorque possède l'un des plus beaux ports de la Méditerranée. Sa baie, aussi profonde qu'un fjord, pénètre d'environ six kilomètres à l'intérieur des terres, offrant aux pêcheurs et aux plaisanciers un abri fort réputé.

Pour les uns, la ville doit son origine aux Phéniciens qui y débarquèrent vers 1 200 av. J.-C. et fondèrent le comptoir de Maghen. Pour les autres, elle fut créée en 205 av. J.-C. par le général carthaginois Magon, frère du célèbre Hannibal. Mais ce sont les Romains qui la nommèrent Portus Magonis en 122 av. J.-C. Comme le reste des Baléares, Mahôn va subir les vagues successives de Vandales, de Byzantins et de Maures qui resteront plus de trois siècles, laissant une empreinte indélébile dans la culture minorquine. Le 21 janvier 1287, le roi de Catalogne et d'Aragon, Alphonse III, n'a que 18 ans quand il expulse violemment les musulmans de l'île. Il procède ensuite à une repopulation
entre Catalans. La société minorquine actuelle découle encore de cette répartition des terres à la fin du XIIIe siècle. Le site portuaire exceptionnel de Mahôn est la cause, jusqu'au XIXe siècle, de tous les combats et de toutes les invasions que la ville a essuyés. Notamment en 1535, lorsque le pirate turc Khayr al Dîn surnommé comme son frère, Barberousse, vient d'Alger pour la piller et la détruire. Il faudra attendre l'occupation britannique, au début du XVIIIe siècle, pour qu'elle devienne enfin la capitale.

C'est pendant ce même siècle, et à l'occasion de l'occupation de
Minorque par les troupes françaises, lors de la guerre de Sept Ans, que le cuisinier du duc de Richelieu ramène la recette de la sauce mayonnaise faite d'œufs et d'huile. Il existe là encore plusieurs versions historiques de cette fameuse mayonnaise. Une légende propage que, lors d'un dîner à la forteresse de Mahon, la table du duc de Richelieu fut renversée par un tir ennemi mélangeant l'huile aux œufs. Une autre anecdote circule à ce propos : le même cuisinier remporte à Paris la sauce « mahonnaise » qui existait déjà depuis plusieurs années à Minorque. Elle devient à la mode grâce à la marquise de Pompadour. Grave débat, s'il en est, auquel même, le célèbre écrivain espagnol, Camilo José Cela, prix Nobel de littérature, se mêle : « On pourrait prouver, documents en main, que ce fut Richelieu lui-même qui la baptisa du nom de mayonnaise. » Il fait là allusion à une lettre manuscrite du duc dont, paraît-il, une famille minorquine serait en possession. Dont acte !
Mahon est fière aussi de posséder un fromage célèbre depuis l'Antiquité. L'histoire raconte que les Grecs, les Carthaginois, les Romains, les Arabes et bien d'autres peuples encore, faisaient escale à Minorque pour s'approvisionner en viandes et surtout en fromages. Dès le XVe siècle, les Italiens qui commerçaient avec les Baléares, se chargent de l'exportation du fromage. « Mais ce produit, me direz-vous, comment est-il ? » Il a la forme d'un parallélépipède, aux arêtes et bords arrondis, sa croûte est compacte et peut-être de couleur blanche, jaunâtre et même jaune foncé. Tout comme sa pâte, jeune ou bien faite, qui ne manque ni d'odeur ni de saveur. Son goût, est celui que seuls peuvent offrir les fromages artisanaux, élaborés selon une longue tradition fromagère.

Les toits de tuiles rouges à la romaine et les fenêtres à guillotines, agrémentées de volets verts en bois, contrastent d'une façon charmante avec les murs traditionnellement blancs, et donnent à Mahon un cachet très différent de celui des villes de Majorque ou d'Ibiza.
Ici, on sent manifestement l'influence des Anglais. Hormis Hannover Street et ses magnifiques maisons géorgiennes, la plus célèbre des résidences est Golden Farm située de l'autre côté du port en face de Mahón, dans le petit village de Sant Antoni.
Ce qui est sûr, c'est que l'amiral Horatio Nelson y passa quelque temps en 1799 et que la villa contient encore des souvenirs de ce séjour.
Golden Farm passe également pour avoir abrité les amours secrets de ce vainqueur de la flotte française à Aboukir l'année précédente et de la belle lady Hamilton.
A part quelques musées, Mahón n'offre guère de monuments, sinon l'extraordinaire, le monumental, le gigantesque orgue de l'église Santa-Maria. Pas de modestie ! Il est considéré par les spécialistes comme l'un des plus beaux et des meilleurs orgues du monde. La facture est de Johann Kiburz qui, pour le transporter de Barcelone à Mahón, négocia à la fois avec les Français, les Anglais et les Espagnols. En effet, nous sommes en 1808 et Napoléon fait la guerre en Espagne. Sauf-conduit en poche, il ne lui reste plus qu'à embarquer l'instrument avec ses 4 claviers, ses 51 registres et ses 3 006 tuyaux ! ■
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